LES 4 VÉRITÉS DE BRANE

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MILITANTISME : LES PARTIS SONT À L'AGONIE

FAIT DU JOUR. Qu'il est loin l'objectif de 500 000 adhérents que s'étaient fixé le PS et LR ! Nous avons voulu faire la clarté sur les effectifs des partis, en chute libre.

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Exit les partis de masse, la grande époque où le RPR et le PCF revendiquaient 500 000 à un million d'adhérents. Aujourd'hui, c'est l'heure des basses eaux. Entre le PS ( 135 833 militants, mais 86 171 vraiment à jour de cotisation au 1er janvier), les Républicains (238 208 à jour au 1er janvier), le FN (84 000, mais 57 000 à jour au 1 er avril), le PCF (70 000 à jour environ), le MoDem (14 000), le Parti de gauche (8 000), les Verts (4 000 à 5 000 en 2015), à peine 1 % des Français de plus de 18 ans ont leur carte dans un parti.
C'est l'un des symptômes du rejet massif des électeurs envers la classe politique. La raison ? Le sentiment que les querelles d'hommes ont pris le pas sur le débat d'idées et que les partis ne sont plus que des écuries. Quand il ne s'agit pas d'un écœurement face à des affaires du type Bygmalion, même si la droite reprend des couleurs à l'approche de sa primaire.

Non, le grand malade, c'est le Parti socialiste, qui subit une hémorragie militante. Depuis 2012, il a perdu presque 40 000 adhérents ! Parce qu'il est dans la majorité. Parce qu'il a accumulé les défaites. Mais surtout parce que beaucoup de ses adhérents se sentent trahis par un président qui mène une politique sociale-libérale. François Hollande, fossoyeur de la gauche ? Les témoignages de sympathisants ayant déchiré leur carte pour cette raison ne manquent pas. Avec des conséquences financières lourdes quand on sait que chaque fédération reverse 17 € par carte au siège de Solferino. Voilà même la longtemps puissante fédé du Nord menacée de faillite... Le FN n'en profite pourtant pas, même s'il revient de loin depuis son plongeon à 8 000 adhérents après la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les primaires ont privé les militants de leur prérogative souveraine

Car c'est la raison d'être même des partis qui est remise en cause. Les primaires ouvertes, où tous les sympathisants peuvent voter, ont privé les militants dûment encartés de ce qui était leur prérogative souveraine : choisir leur candidat pour l'Elysée. Les voilà relégués au rôle de colleurs d'affiches, alors que les décisions stratégiques sur la ligne et les idées se prennent dans les sièges parisiens. Le conseiller d'un des possibles candidats du PS à la présidentielle soupire : « Ce parti, qui n'a pas voulu trancher depuis vingt ans les problèmes doctrinaux, ne sert plus à grand-chose. » Désormais, il suffit d'un microparti et d'un site Internet pour se lancer dans la course présidentielle, comme en témoigne la fusée Macron avec ses adhésions à 0 €.

Cette désaffection ne doit toutefois pas faire oublier que les partis ont longtemps fait de la gonflette sur leurs effectifs. Ils sont depuis contrôlés par huissiers, même s'ils restent très opaques. En témoigne cet aveu d'un ancien cadre du RPR : « Les chiffres étaient totalement truqués dans les années 1980. La règle était simple, il fallait systématiquement gonfler les statistiques. De toute façon, personne ne pouvait contrôler. »

Les deux grands partis en chute libre



Il manque 400 000 cartes au PS !


Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS (LP/Olivier Arandel)

Il manque donc quelque... 400 000 cartes pour atteindre l'objectif fixé par Cambadélis, le patron du PS, le 13 décembre 2014. Selon un document interne que nous nous sommes procuré, le Parti socialiste comptait 86 171 militants à jour de cotisation fin 2015. Mais si l'on prend le « volume actif », soit les militants figurant dans les fichiers sans forcément avoir régularisé leur adhésion, les troupes s'élèvent à 135 833 personnes, soit 1,5 fois plus ! Malgré les difficultés, la fédération du Pas-de-Calais apporte le plus gros contingent d'encartés (4 969 militants à jour de cotisation fin 2015), devant Paris (4 920) et le Nord (4 688).

Pour la fin 2016, le PS table sur 109 225 adhérents. Optimiste ? Maigre, surtout, comparé aux 173 486 cartes de 2012. « Historiquement, le parti qui est au pouvoir perd beaucoup d'adhérents. C'est systématique, il y a toujours une grosse poussée avant l'élection présidentielle et une baisse après », relativise un cadre. Rue de Solferino, on reconnaît que les défaites électorales de 2015 n'ont pas aidé. Et l'on compte sur la perspective des élections présidentielle et législatives pour ramener les égarés dans le giron. « Il y a un travail à mener auprès de celles et ceux qui n'ont pas repris leur carte en 2015 », explique-t-on. « Cela correspond à une évolution de la société. Les partis sont concernés comme les syndicats. Le débat politique n'est pas mort, mais il prend une nouvelle forme », estime pour sa part Carlos Da Silva, secrétaire national du PS aux adhésions, qui mise « sur la Belle Alliance populaire (NDLR : le mouvement lancé par Cambadélis il y a dix jours) pour élargir et dépasser le PS ».

A entendre les frondeurs, le problème va bien au-delà. « Le PS traverse une crise politique dont les conséquences sont visibles sur les adhésions, assène leur chef de file, Christian Paul. Le blues militant est indexé sur les défaites électorales, les choix du gouvernement et le sentiment que le parti ne défend pas ses positions. » Même constat du côté de la Fabrique. Le porte-parole de ce courant minoritaire, Yann Galut, raconte les « réunions de section à moitié vides » dans sa circonscription du Cher. « Ceux qui ne démissionnent pas ne viennent plus. Il y a du désarroi, de l'incompréhension et pas de perspectives », rapporte-t-il. Officiellement, le PS ne renonce pas à l'objectif de 500 000 adhérents en 2017. Commentaire d'un responsable local, qui s'échine à enrayer les départs : « C'est lunaire ! »

A droite, les ambitions revues à la baisse


Nicolas Sarkozy, président des Républicains (LP/Arnaud Journois)

Les proches de Nicolas Sarkozy l'admettent sans détour : le pari d'atteindre la barre des 500 000 adhérents LR à l'horizon 2017 ne sera pas tenu. Trop compliqué. C'était pourtant un engagement de l'ex-chef de l'Etat lors de sa campagne interne à la présidence du mouvement, fin 2014. Que disait-il alors ? « Je veux une armée de militants. Plus nous serons nombreux, plus nos adhérents seront représentatifs de la France. Avec des ouvriers, des professeurs, des ingénieurs, des agriculteurs... » Le fameux « métro à 18 heures ».

Pour parvenir à ses fins, l'ex-chef de l'Etat avait annoncé qu'il fixerait des contrats d'objectifs à chaque fédération et qu'il rétrocéderait une part plus importante des cotisations aux cellules qui réussiraient à attirer un maximum d'adhérents. Une logique d'entreprise, en somme. A un an de la présidentielle, le résultat n'est pas exactement à la hauteur de ses attentes, même si les statistiques sont bien meilleures que celles du PS. Fin 2015, les adhérents LR à jour de cotisation étaient 238 208, bilan vérifié par huissier. « Pour éviter les sempiternelles discussions autour des vrais effectifs », précise le trésorier, Daniel Fasquelle.

Début avril, les chiffres ont un peu augmenté pour se situer autour de 250 000, selon le directeur général des Républicains, Frédéric Péchenard, qui prévoit une nouvelle progression (légère) d'ici à la fin juin. « C'est à ce moment-là que la liste complète des adhérents doit être envoyée à la haute autorité chargée d'organiser la primaire. Outre le parrainage d'au moins 250 élus (dont 20 parlementaires), chaque candidat doit en effet être soutenu par 2 500 adhérents du parti. On peut donc imaginer que certains sympathisants auront envie de participer à ce choix et nous rejoindront. »

Chez LR, la cotisation est fixée à 15 € pour les jeunes et les demandeurs d'emploi, 35 € pour une adhésion simple et 40 € pour un couple.

Mais, selon certains cadres de l'ex-UMP, même si un frémissement a eu lieu depuis l'élection de Nicolas Sarkozy (26 374 adhérents supplémentaires par rapport à l'exercice 2014), LR ne deviendra jamais un vrai parti de masse à l'ancienne. « On voit bien que les Français ne s'intéressent plus à la politique comme avant, ils picorent beaucoup sur les réseaux sociaux. Les différences entre la droite et la gauche s'amenuisent. Les grands débats de société, c'est terminé », analyse un ancien ministre, résigné.
 
SOURCE : Le Parisien 23.04.2016


23/04/2016
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